Nisch Sophie Et Philippopolis

Depuis Grotzka on se rend par des vallons surtout boisés en chênes à Hassan-Pascha Palanka ou Palanka. C'est une course postale de près de 13 heures, Grotzka étant à 5 h. de Belgrade, Kolar, la seconde poste, à 4 h. de Grotzka et Palanka à 6 h. plus loin. Entre Grotzka et Kolar on franchit la hauteur de Voloder (vallée dés bœufs) et à 1 1. de Kolar on passe à Do- bratscha le torrent de Ralia coulant de l'O. à l'E., puis trois de ses affluons venant du S. O. Il débouche dans le Jezava, branche occidentale de la Morava *).
Dans ces lieux la route se bifurque, l'une va à Palanka, tandis que l'autre gagne à droite Kragoujevatz par Lopovo près de l'Ivanitza, derrière Palanka. Elle traverse ensuite la vallée du Koupernitza et remonte celle du Jasenitza à Jabari ; ce qui fait en tout une distance d'environ 6 à 7 h.
Palanka est au confluent de l'Ivanitza venant de l'O. et de la Jasenitza (de Jasen, frêne), coulant du S. O. Il y a là une source acidulé en deçà du torrent et des vergers de pruniers à l'entour. Une partie de la vallée de la Jasenitza est cultivée et elle remonte jusqu'à Roudnik (50 m. et 395 h.), tandis que les hauteurs qui l'entourent sont le plus souvent boisées en chênes.
') D'après la Carte de Bouganski il semblerait que la partie inférieure de ce cour» d'eau «'appellerait aussi Dobratsrhn ?
Depuis Palanka on compte jusqu'à Jagodina 12 h. de route. Ou continue à parcourir les divers coteaux boisés, qui s'abaissent vers In vallée de la Morava. Au moyen de plusieurs petites montées et descentes on traverse au moins sept torrens, affluens de la Morava. Pour arriver au sommet de la première hauteur à un Han, on suit un petit affluent de l'eau de Palanka et on descend de là au bourg de Ratscha (112 m. et 439 h. avec une église et une école), il est à 3 '/2 h. du dernier lieu cité et sur le Lipovatscha venant du S. O. des hauteurs de Stragari. Plus loin vient le contrefort de la montagne du Goloubitza (Petit Colombe). Le bourg de Batoschina (91 m. et 494 h.) est à 2'., h. de là sur le Lepenatz coulant depuis Kragoujevatz à la Morava en général du S. S. O. au N. N. E., à l'exception de son passage au pied S. E. de la Pla- nina - Goloubitza, où sa direction est S. O.-N. E. comme celle de beaucoup de torrens du pays de la Schoumadia. Bagrdan (De- beva grda des cartes) (56 m. et 282 h.) est à2'/x h. plus loin sur l'Osivnitza, et sur cette route on traverse encore deux autres ruisseaux; le mont Sobovitza (de Soba, hibou) reste àdroite, enfin Jagodina est à 3 '/2 h. de Bagrdan. Dans ces bois et ces bocages on ne rencontre que le hameau du Trnavatz. Avant Jagodina on parcourt à côté de la Morava une vaste plaine en culture et pâturage. Sur les deux rives de ce fleuve s'élèvent à distance d'assez hautes montagnes boisées sous le double nom de Tzrni- Vr (Cime noire).
Jagodina ou Jagodin est situé sur le Levatschka-Kieka, qui coule du S. O. au N. E. entre la Planina - Tikva au S. et une autre crête au N. que Mr. Bougarski appelle, je crois par erreur, Kotlenik. Il reçoit à Glavintze (25 m. et 172 h.) le torrent de Kavadar et avant Jagodina celui de Belitza, qui réunit les eaux du Tzrni-Vr, placé au S., et celles des hauteurs boisées au N. E. de Kragoujevatz. Cette ville comptait en 1845 722 maisons ou 3166 âmes ; il y a une église, une école à trois classes et une expédition des postes. La rue principale est pavée et garnie de boutiques et à ce milieu de la ville aboutissent des rues courant du N. au S. et de l'E à l'O. On y observait en 1838 assez de nouvelles batisses, les rues sont droites et larges et en partie pavées. Dans les rues principales les maisons ont un étage. Les jours du marché cette ville est vivante et en général elle est bien placée pour le commerce de détail de l'intérieur. En deçà d'un prés à l'E. de la ville on voit encore los restes d'une mosquée et un petit fort carré. Le prince Milosch possédait dans le voisinage de belles fermes et des vignobles.
Jagodina est la résidence du commandant et du tribunal du cercle de ce nom, ainsi que celle d'un archiprêtre. Ce dernier a sous lui les districts de Jagodina, de Levatschka et d'une partie de celui de la Temnava, c'est-à-dire 25 paroisses et 8 églises. Le cercle de Jagodina comprend les deux districts de la Temnava et du Levatschka avec 69 communes, 1 ville, 143 villages, 8032 maisons et 47,371 âmes. Il y a 8 écoles. Le district de Temnava compte 1 ville, 61 villages, 4269 maisons et 23,952 habi- tivns. Celui de Levatschka contient 82 villages, 3763 maisons et 23,419 habitans. Les deux commandants de districts résident à Jagodina.
Pour aller à Tchoupria (t. Keupri, pont), on est obligé de passer à gué à '/2 1. après Jagodina le petit torrent du Lougovina - Rieka, qui coule de l'O. à l'E. Des vignobles restent Vers les collines à droite. A '/2 1. plus loin on franchit un petit monticule de gneiss, qui s'avance dans la plaine sous forme de promontoire. Le reste de la route se fait en plaine. Un méchant Han se trouve à 1 h. de Tchoupria. Avant d'atteindre à moins de 2 1. de Jagodina le pont de Tchoupria, qui a 20 à 24 toises de longueur, on voit encore les restes des remparts de terre ou de la tête de pont que les Turcs y avaient élevé. Dans ce temps là Tchoupria était une palanke et un point important pour pouvoir envahir la Schoumadia à la moindre insurrection. Ce pont étaut le seul sur la Morava, cette rivière a servi plusieurs fois de fossé de séparation entre des camps ennemis.
Le bourg de Tchoupria sur leRavanitza, à 260 p. de haut.abs., a une nouvelle église, 262 maisons ou 1477 habitans et était en 1837 en bonne partie rebâti à neuf. Il y a une école à deux classes. Entre le pont et la rue principale on voyait encore les ruines d'anciens édifices détruits. Cette rue est assez longue et large, mais garnie surtout de rez-de-chaussée, au milieu desquels on remarquait ça et là de nouvelles maisons d'un étage et de bonne apparence. Il y avait deux auberges, l'une près de la Morava, où il y avait à côté de la cuisine une grande chambre avec une estrade en bois réhaussée, comme dans les cafés turcs. La nouvelle auberge à l'extrémité opposée de la rue avait l'air d'une vaste maison de paysans de la Souabe. Elle était en grande partie en bois, et aurait pu aisément ofl'rir quelques chambres au voyageur, mais on s'y établissait à terre sur des nattes, tandis que le fond de cette grange était l'écurie.
Tchoupria est la résidence du commandant et du tribunal du cercle de ce nom ainsi que celle d'un archiprêtre, qui a sous lui en outre le district de Resava ou en tout 20 paroisses avec 6 églises. Le cercle de Tchoupria comprend les deux districts de Resava et de Paratchin ou 74 communes, 3 bourgs, 93 villages, 6309 maisons et 39,151 âmes. Il y a 11 écoles et une poste au chef-lieu. Le district de Resava comprend un bourg, 55 villages, 3755 maisons et 23,581 habitans. Le commandant est à Svila- nitza. Celui de Paratchin compte 2 bourgs, 38 villages, 2554 maisons et 15,570 âmes. Le commandant habite Paratchin.
Une plaine uniforme et cultivée, ça et là, comme celle de Jagodina, conduit eu 2 h. à Paratchin, où il y avait aussi beau, coup de nouvelles batisses, en particulier une nouvelle église et un moulin avec plusieurs roues ou trois meules. Ce bourg est plus grand que Tchoupria, mais ses 521 maisons avec 2705 âmes sont dispersées sur une moindre étendue de terrain. Un petit cours d'eau, le Tzrnitza, avec un pont de bois, passe au milieu de cette ville naissante et coule comme la Ravanitza du N. E. au S. O.
A '/, 1. de Paratchin on voit à gauche le village deTekiiu (33 m. et 194 h.) situé au pied de petits coteaux, derrière lesquels paraissent à l'E. des montagnes calcaires escarpées faisant partie de la chaîne du Goloubinie. A l'O. s'élève à 1855 p. la cime assez pointue du Bior, Gior ou Jouchor, dénomination probablement albanaise et provenant du mot Giouri (genou), parce que cette montagne simule ce membre relativement à la séparation des deux Moravas. Il est le point le plus élevé des hauteurs boisées s'étendant sur la rive occidentale de la Morava depuis Jagodin jusqu'au confluent des deux Moravas. On distingue dans la petite plaine au pied de ces montagnes plusieurs villages, tels que Raschevitza (102 m. et 585 h.). Pototsehatz (100 m. et 575 h.), Svoinovo (64 m. et 375 h.), Obreje (O6pèa) (169 m. et 1123 h.), Katoun (en albanais Chalet) (122 m. et 792 h.) et Varvarin (96 m. et 615 h.). Au S. O. on a en face les crêtes ondulées du Mali-Jastrebatz. au-devant duquel le debouché de la Morava serbe forme une échancrure profonde, tandis qu'à l'E. des basses hauteurs indiquent le passage des défilés de la Morava bulgare entre Kovanlouk à gauche et Stalatch à droite.
A s/4 1. de Paratchin on passe le hameau deLebina (leLe- binatz de Bougarski) (32 m. et 178 h.) et on monte par des pentes insensibles à 2 1. de Paratchin à une auberge isolée (Pitovatz ?) et un peu plus loin à environ 4 1. de Paratchin aux trois auberges de Schoupeliak non loin du Schoupeliaka-Rieka. On est alors à 442 p. de hauteur absolue, Paratchin étant à 280 p. Ce sont des maisons carrées, basses, couvertes en tuile et n'offrant qu'une grande chambre commune. Comme en Bosnie, il y a autour du foyer dans l'une un lieu plus élevé pour s'asseoir ou se coucher. Une grande écurie se trouve à côté de chacune.
Entre ces auberges et Rajan (PaataH,) l'espace de 2 h. de chemin est occupé par un petit plateau couvert de bocages de chênes. La descente dans le vallon de Rajan, à 649 p. de h. abs., offre l'occasion de suivre les contours du défilé de la Morava bulgare, qui coule à l'O. Elle y entre un peu au N. O. de Rajan et la vallée se rétrécit toujours plus en allant d'Aleksinatz vers le N. On est donc déjà en deçà de la digue qui sépare le bassin de Nisch de la plaine de la grande Morava et qui, vu le manque d'accidens naturels favorables, ne serait guère susceptible d'être défendue sans les montagnes vers Bania.
Au milieu du bourg de Rajan composé de 67 habitations éparses avec 310 habitans, est situé l'auberge, qui est en bonne partie en bois et offre au premier étage unTschardak assez convenable pour les voyageurs. Les environs très dénudés d'arbres n'offrent du reste aucune vue agréable.
En deçà de Rajan est une hauteur semblable à celle qui précède ce village et couverte aussi de bocages de chênes. A '/* 1. de Rajan on traverse un vallon, dont l'eau courant du N. E. au S. O. vient du bassin de Banja, de manière qu'on a une vue sur le mont Rtagn (PTaH») et les montagnes de Banja à travers l'é- chancrure, qui donne issue à ces eaux dans les petites crêtes à l'E. de la route. On distingue de plus que ce torrent est formé par la réunion de deux autres, dont l'un vient du S. et l'autre du N. ')
') La Carte do Bougarski ne donne pas une idée vraie de cette configuration et même si la dénomination de Mosna-Planina était juste, elle semblerait s'appliquer à la chaîne pri-j du K*;i;iu et non a celle près do HnJHn.
A l V2 i. de Rajan il y a deux lia us isolés, le Delilogorhan, au-dessus desquels était la redoute serbe de l'an 1806, nommé Deligrad (fort des fous). Après cela viennent des petits bois de chênes, puis à '/2 1. plus loin sur le bord d'une plaine l'auberge de Haidouk-Tschesme-Han (l'auberge de la fontaine des brigands). Un hameau et une fontaine se trouvent près delà; dans la plaine est situé le village de Roudovitza et à '/2 1. plus au S. O. est celui de Popovitza. La vallée de la Morava y a déjà 1 1. de largeur et la riviére décrit des contours. A 3'/2 l.deRaj.mon longe le bord d'une grande prairie, qui s'étend vers la Morava et au milieu de laquelle il y a une fontaine, le Chitchdoun-Tschesme. Depuis là on n'a plus qu'à traverser une petite colline couverte de bocages, pour atteindre Aleksinatz ou Aleksinitze à 4 1. de Rajan. Ce bourg est situé dans un vallon arrosé par leToponitza ayant ses sources dans le bassin de Bania. Il est composé de 392 habitations éparses avec 1684 habitans. Le capitaine a sa maison au N. E. du ruisseau, tandis que de l'autre côté est la seule rue d'Aleksinitze et là sont aussi des auberges et un café. Il y a une église et une école de deux classes ainsi qu'une quarantaine et une douane. Le lazareth est situé à la sortie méridionale du village sur la pente de la colline qu'on monte pour se rendre à Nisch.
Aleksinatz est la résidence du commandant et du tribunal du cercle ainsi que d'un archiprêtre qui a sous lui 17 paroisses et 7 églises. Le cercle d'Aleksinatz se compose de deux districts, savoir celui d'Aleksinatz et de Rajan et celui de Bania ; il comprend 37 communes, 2 bourgs, 82 villages, 3013 maisons et 20,099 âmes. Il compte 7 écoles; la poste est à Aleksinatz ainsi qu'à Bania et Schoupeliak. Le district d'Aleksinatz et de Rajan ne contient qu'un bourg, 50 villages, 1975 maisons et 12,385 âmes, et celui de Bania 1 bourg, 32 villages, 1038 maisons et 7714 âmes. Les commandans des districts habitent à Aleksinatz et Bania.
Sur cette route on rencontre tous les quarts d'heure des postes de milice serbe, dont les sentinelles étaient encore sans abri quelconque à mon passage en 1837. Ce n'est qu'à 2 1. d'A- leksinitze qu'on arrive à la frontière turque, où on trouve en deçà d'un ruisseau coulant de l'E. le Karaoul et Han de Dragevatz. La route passe sur les dernières pentes basses des montagnes au N. de Nisch, c'est une contrée couverte souvent de Paliurus acu- leatus, de Ligustrum vulgare avec quelques petites chênes et des poiriers sauvages isolés. A 3*/4 h. d'Aleksinitze est situé le village de Topolnitze et plus loin dans un vallon évasé celui de Popolitze, nommé ainsi à cause de quelques beaux peupliers, en serbe Popola.
En se rendant de là à Nisch par une lande sèche en pente insensible, on a une vue étendue à l'O. et au S. Au pied oriental du Jastrebatz est le mont Kobasitza (Saucisse) et son revers méridional est garni de petites collines tertiaires, comme celles sur lesquelles on se trouve, mais elles sont un peu plus élevées. Plus au S. est la vallée du Toplitza, qui remonte à l'O. en produisant une vaste échancrure. En deçà sont les montagnes des Arnaoutes (Arnaout-Planina), qui sont bien moins» hautes que le Jastrebatz et à quelques lieues à l'O. du cours de la Morava et du Paschalik de Leskovatz. Derrière ces crêtes de 1000 à 2000 p. sur la vallée du Toplitza, se trouve à l'O. la plaine de Kosovo. En deçà de Nisch s'élève au S. et S. E. les hautes cimes coniques et pelées du Stara-Planina, qui atteignent au-delà de 3600 p. De là s'étendent vers la Morava de Leskovatz des crêtes boisées plus basses, à l'extrémité N. O. desquelles se trouve la singulière entaille du Kourvinhan. (Voyez l'itinéraire suivant.)
Une espèce de petit faubourg composé de rez-de-chausséo précède la citadelle importante de Nischa ou en turc Nisch, dont une des portes de l'enceinte extérieure est en même temps la porte de la ville. (Voyez ma Turquie. Vol. 2, p. 340.) La route court entre les remparts du fort et la Nischava, un pont couvert placé vis-à-vis de la porte de la citadelle conduit en ville. Nisch est une ville bulgare populeuse, on y compte 16,000 âmes dont environ 6000 sont Musulmans. Il y a onze mosquées à minaret, une ou deux églises grecques, une tour à horloge, un grand bazar bien fourni de boutiques et de grands Hans. Le bazar a unc toiture en planches et des rues si larges qu'on peut y passer à cheval et en voiture. Les Han*, tenus par des Bulgares, ont un étage et offrent plusieurs chambres pour des voyageurs. J'y ui même trouvé une ou deux chaises dans l'un d'eux ; le seul désagrément est que les femmes des aubergistes ne demeurent pat) dans les Hans. Un grand faubourg eut à l'E en deçà du petit rempart de terre à moitié détruit, qui entoure la ville, et un troisième faubourg est sur la rive septentrionale de la Nischava à l'E. de la citadelle. Des habitations de Zingares se rencontrent dans ces derniers lieux.
Nisch est le siége d'un petit Pascha qui commande essentiellement à une population bulgare et chrétienne. Pirot et Ak-Palanka ou Moustapha-Pascha sont presque les seules petites villes, où il y ait des employés supérieurs turcs et même les Musulmans n'y forment qu'un chiffre restreint de familles. Il n'y a guère de bourgs, si ce n'est Isnebol et Tzaribrod, mais un nombre considérable de villages, de manière qu'on peut soupçonner qu'il y a là au moins 60 à 80,000 Bulgares. Les Ayans résident surtout dans les trois endroits cités.
De Nisch à Scharkoe ou le Pirot des Bulgares on compte 12 lieues, dont deux se parcourent dans la belle plaine cultivée de Nisch, qui à plus de 400 p. de hauteur absolue s'étend de l'O. à l'E. en formant un espèce de triangle ou d'ovale de 4 1. de longueur de l'O. à l'E. sur 1*/2 à 2 1. de largeur du N. au S. Comme j'ai donné les détails topographiques de cette route dans l'itinéraire n°. 12, je me contente ici des remarques générales suivantes.
La route de Nisch à Bania a lieu sur- les bords de la Nischava, qui à l'E. de ce dernier lieu (à plus de 2 h. de Nisch) sort d'un défilé profond et rocailleux. On s'y trouve donc dans un vrai cul de sac, la route étant barrée par une hauteur assez considérable d'environ 600 p. d'altitude, qui n'est qu'une portion inférieure du Stara-Planina (vieille montagne). C'est de ce côté la limite naturelle de la Bulgarie et de la Servie, ce qui explique pourquoi Nisch a été le point le plus avancé de l'occupation autrichienne dans le siècle passé et comment cette place devient agressive pour la Servie surtout à cause de sa situation à l'entrée de la partie la plus faible des frontières serbes. Comme point de départ autant que comme refuge, Nisch a été si utile aux Ottomans que sans cette citadelle la plus grande partie de la haute Moesie serait depuis longtemps serbe. Pour une armée européenne il en pourrait être tout autrement, car cette place serait bientôt prise ou bloquée, vu sa petitesse. Si jamais les Serbes se révoltaient contre les Turcs, leur première opération serait sans contredit d'essayer de prendre Nisch et Novibazar; la prise de cette dernière isolant la Bosnie du reste de l'empire (voyez ma Turquie, vol. 4, p. 17) et celle de la première leur donnant des facilités pour conquérir la haute Moesie.
A Bania on est au commencement de cette gaine de montagnes courant N. O.-S. E., qui a facilité de tout temps la communication de la Servie avec la Thrace. Ce vaste canal rappelant en petit dans les endroits étroits celui entre Annecy et Chambery est bordé à l'O. successivement du N. O. au S. E. par le Stara- Planina (vieille montagne), par le Souvo-Planina (t. Kourou-Jaila) (montagne sèche), par les crêtes derrière Tzaribrod et Slivnik, par les hauteurs à l'E. de Krasava et de Brsnik, par le Vitosch et les petites montagnes entre Bania et Ichtiman. De l'autre côté à l'E. s'élèvent en marchant du N. O. au S. E. le Tzrni-Vrch , les crêtep de Pirot, le Soumoughou-Balkan, le Goloubitza et les montagnes d'Ichtiman. Quant à son fond il est occupé par la Nischava, la Loukova et certains autres affluents du grand Isker, tandis que des deux côtés de nombreux cours d'eau ont une bonne partie de leur lit dans de petits sillons exactement parallèles au plus grand. Nous avons déjà parlé de trois de ces sillons au N. E. du canal de Bania à Sophie et Ichtiman, mais entre ce dernier etlaMorava bulgare il y en a pour le moins neuf ou dix, comme l'indique bien la carte de Mr. Kiepert. Les vallées de la Koutinska-Rieka avec celle du Rakovska-Rieka, une partie du cours du Temschtitza, du Soukova et du Loukanitschka-Rieka et la branche supérieure du Strouma ou Strymon sont les principales de ces anfractuosités. Les hauteurs des environs de Radomir ou encore mieux le Vitosch sont très favorables pour pouvoir saisir d'un coup d'œil ce caractère orographique de la partie orientale de la Haute Moesie et de la Bulgarie occidentale. Pour le géologue il est évident que ce sont des fentes de l'époque tertiaire à laquelle appartient aussi une partie du cours de la Morava bulgare au-dessous de Nisch.
Ces series de petits vallons recèlent une assez nombreuse population bulgare, ce qui étonne d'autant plus lorsqu'on la compare à la quantité restreinte des Mahométans. Il paraîtrait qu'il n'en a pas été jadis tout-à fait de même. Si le siège du Roumeli- Valesi avait été fixé avec une sagacité merveilleuse à Sophie, une fois Jeni-Han, Ichtiman et Tatarbazardschik etc. d'un côté et Chalkali, Scharkoc et Moustapha-Pascha Palanka etc. de l'autre formaient une suite de colonies musulmanes, qui comme ailleurs étaient les Dervendjis de cet important passage. Mais ce système emprunté aux Romains s'est bien altéré sur cette route par suite du déplacement du Roumeli-Valesi et par la multiplication des Bulgares vis-à-vis de la diminution des Musulmans. Les Karaouls n'ont pas empêché les révoltes des Bulgares et la fermeture momentanée de cette route.
Ne pouvant pas remonter facilement plus loin le cours de la Nischava, il faut franchir à Bania la hauteur déjà indiquée au moyen d'un col, où il y a un Karaoul, et gagner depuis là une étroite gaine sans eau et parallèle à la vallée de la Nischava. L'on y traverse deux torrens, savoir le Topolnitza-Rieka et le Tzervena- Rieka et on débouche dans la grande et fertile plaine de Mou- stapha-Pascha-Palanka, qui a plus de 2 1. de longueur du N. O. au S. E. sur plus d'une lieue de largeur à son milieu. On passe le torrent-de Moustapha-Palanka et remonte sur le côté oriental une espèce de canal entre deux crêtes calcaires escarpées jusqu'au pont sur la Temschtitza, d'où on n'a plus qu'à franchir une colline de 400 p. d'élévation au-dessus de ce cul de sac ainsi que sur celui qui précède Scharkoë.
De Scharkoë à Tzaribrod on remonte le long de la Soukova et ensuite du torrent qui coule dans la vallée de Tzaribrod. La vallée se rétrécit toujours plus. On passe près d'Ayan-Han et de Kalotina (?) ; il y a deux postes de gensdarmes dans ces gorges situées entre des pentes ça et là couvertes de bocages. On est obligé d'y franchir plusieurs fois le torrent, on monte entre Dra- goil et Srebnitz et en laissant à gauche Dragoman, on arrive enfin sur le point de partage assez peu élevé des eaux de la Nischava et du Loukova, assez grand affluent de l'Isker. A cette hauteur d'environ 2000 p. on ne jouit pas d'une vue étendue, parce que ce col est dominé des deux côtés au N. et au S. par des montagnes. On passe près de Blato (étang). Un Karaoul se trouve à la moitié de la pente vers le bassin de Sophie, descente qui a lieu assez graduellement au moyen de plusieurs échellons de terrasses. Des cours d'eau en découlent dans l'Isker.
A Slibnik et Chalkali on est enfin dans la plaine ovale et immense de Sophie, qui està 1600 p. d'élévation absolue et a 12 1. de longueur du N. O.-S. E. sur 4 1. dans sa plus grande largeur. Elle est entourée complètement de montagnes, mais ces dernières
offrent surtout des échanerures à l'extrêmité méridionale1, savoir celle par laquelle l'Isker arrive du bassin de Samakov et celle qui conduit à Ichtiman. Au S. E. le rétrécissement de la vallée de la Malina conduisant à Etropol reste caché, mais on voit distinctement au N. E. la fente étroite par laquelle l'Isker va gagner le Danube. C'est la plus grande crevasse du bassin, elle coupe tout ce Balkan d'environ 2500 à 2600 p. de hauteur absolue. C'est elle qui a fait écouler les eaux de cet ancien lac, ce qui est indiqué suffisamment par l'absence de tout bois dans la plaine et par la nature alluviale et surtout gazonnée de son fond tout plat '). Aussi m'a-t-on dit que la route de Sophie ou plutôt de Kremikovtzi (de calcaire) à Vratza le long des contours de l'Isker offrait une suite pittoresque d'escarpemens rocailleux calcaires.

Sirevihttp://www.archive.org/stream/recueilditinera01bougoog/recueilditinera01bougoog_djvu.txt

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